Comment reconnaitre un bégonia ?

Par Jacky Duruisseau

 

On me pose souvent cette question : Quand tu rencontres un bégonia, comment sais-tu que c’est un bégonia ?

Bonne question ! Mais quand j’arpente une forêt tropicale, quand je remonte un ruisseau, quand j’observe un talus à la recherche de mes plantes préférées, je reconnais un bégonia presque au premier coup d’œil.

Bon, justement, il y a certainement quelque chose qui te permet d’affirmer qu’une plante appartient au genre Begonia ?

Oui, la forme des feuilles,« spiralée » dans de nombreux cas, leur aspect pustuleux ou poilu souvent, velouté parfois, voire iridescent, voilà des signes qui permettent de « repérer » un bégonia. Certes, il y a d’autres plantes que les bégonias qui ont les feuilles spiralées, iridescentes ou veloutées et qui vivent dans les mêmes biotopes, mais en cas de doute, il faut observer les fleurs, quand il y en a…

 

 

Et puis, il y a surtout que je cultive ces plantes depuis 25 ans et que je commence à savoir les reconnaître un peu ! Quand il s’agit d’un être humain, un ami, un parent, quelqu’un que vous avez déjà rencontré, vous pouvez le reconnaître facilement sans dire : « Ah, oui, il a des cheveux bruns, les oreilles en feuilles de chou, un œil noir, l’autre vert et il parle javanais !  Je le reconnais ! ». Non, vous le reconnaissez parce que c’est lui ! Et vous pourriez le retrouver parmi les 6 milliards d’habitants de la planète. C’est un peu la même chose pour les bégonias … et il n’y a que 1700 bégonias recensés …Quand on connaît ces plantes, on ne dit pas : « Attendez ! cette plante a des feuilles asymétriques, des stipules, les fleurs mâles sont distinctes des fleurs femelles : c’est donc un bégonia ! » Non, cela ne fonctionne pas exactement comme ça, et dans la plupart des cas, on reconnaît aisément un bégonia !

Cependant et bien évidemment, si vous n’avez jamais vu Begonia vittariifolia, vous pouvez difficilement dire, quand vous le rencontrez pour la première fois, que c’est un bégonia. Sauf peut-être, s’il a des fleurs et que vous ayez déjà vu des fleurs de bégonia. B. minutifolia passe tout à fait inaperçu quand on ne le connaît pas, d’autant plus qu’il pousse souvent en compagnie d’une fougère qui lui ressemble beaucoup ! Et s’il arrive qu’on prenne une plante pour un bégonia, il est moins fréquent de prendre un bégonia pour une autre plante…

Par contre, les caractères spécifiques des bégonias sont souvent utilisés non pas pour confirmer ou non qu’ une plante est un bégonia, mais pour déterminer une espèce : ses fleurs sont jaunes, le fruit est cylindrique, donc il appartient sans doute à la section Loasibegonia, c’est un rhizomateux, il vit au Gabon, ses feuilles sont bullées avec des poils spiniformes* (en forme d’épine) sur chaque « bulle », donc cela pourrait être B. microsperma, etc … Je ne parlerai pas des hybrides très très nombreux (plus de 10 000 !) que l’on reconnaît souvent encore plus facilement appartenir au genre Begonia.

 

Voici un aperçu sommaire des caractères définissant le genre Begonia, caractères qui en principe, permettent de dire rapidement si une plante rencontrée est ou n’est pas un bégonia :

 

  • feuilles asymétriques, alternes*, pétiolées
  • présence de stipules*
  • fleurs mâles et femelles séparées
  • sépales* comme les pétales (on les appelle tépales*)
  • étamines situées au centre des fleurs mâles
  • ovaires infères (inclus dans le réceptacle et portant les tépales à son sommet)

 

 

Pour les puristes, voici la liste des caractères qui définissent le genre Begonia, créé par Linné en   1753 (en gras, les caractères les plus fréquemment rencontrés ou les plus représentatifs)

 

Begonia Linné

  • plante terrestre, parfois épiphyte
  • vivace ou plus rarement, annuelle
  • herbacée ou suffrutescente* (tige lignifiée à la base)
  • monoïque* (inflorescences des deux sexes sur une même plante) ou très rarement dioïque* (inflorescences d’un seul sexe sur une même plante)
  • tige herbacée, sou vent succulente ou ligneuse, fréquemment rhizomateuse ou tubéreuse, soit sans tige, soit avec une tige courte, rarement lianoïde ou rampante
  • feuilles alternes*, tiolées, avec des stipules*.
  • asymétriques ou exceptionnellement symétriques
  • parfois peltées (le pétiole s’insère au centre du limbe), entières à pennatifidées (pennées, dont les folioles sont disposés de chaque côté de l’axe, comme les plumes d’un oiseau et dont les divisions n’atteignent pas la nervure centrale), ou rarement bipennatifidées ou palmées (comme les doigts de la main, les divisions partant du même point)
  • nervures pennatifides ou palmées, glabres ou poilues, quelquefois avec des bulbilles à la naissance des feuilles
  • inflorescence unisexuée (l’inflorescence comporte uniquement des fleurs mâles ou bien des fleurs femelles) ou bisexuée, généralement en cyme (inflorescence où toutes les extrémités produisent une fleur), quelquefois en grappe, ou les deux ensemble, rarement uniflore, protandre (fleur dont les étamines sont mûres avant que le pistil ne soit réceptif) ou protogyne (pistil réceptif avant que les étamines ne soient mûres)
  • bractées (feuilles modifiées situées à la base d’un pédoncule floral ou d’une inflorescence) persistantes ou caduques
  • bractéoles (petites bractées sur le pédoncule floral) présentes ou non
  • fleurs unisexuées (pas de fleur qui soit à la fois mâle et femelle)
  • fleurs mâles comportant généralement de 2 à 4 tépales, presque libres, l’androcée (l’ensemble des étamines) actinomorphe (possédant une symétrie par rapport à un axe ou à un centre) ou zygomorphe (symétrie par rapport à un plan) possède 3 ou de très nombreuses étamines (quelquefois rangées sur plusieurs cercles) ; les filets sont libres ou diversement rassemblés en colonne ; les anthères possèdent 2 loges s’ouvrant par déhiscence longitudinale ou par pores apicaux
  • fleurs femelles comportant souvent de 2 à 6 tépales libres ou peu soudés, souvent inégaux ; ovaire infère avec le plus souvent 3 ou 4 ailes inégales, parfois absentes ; de forme très variable (cylindrique, globuleux, obovoïde (ayant la forme d’un œuf), triangulaire, etc…) ; possèdant de 2 à 4 loges ; 3 ou 4 styles (partie apicale de l’ovaire) persistants ou caduques
  • fruit : capsule, rarement charnu, déhiscent (qui s’ouvre longitudinalement), plus rarement indehiscent (ne s’ouvrant pas)
  • graines : caractérisées par un tégument* réticulé et à germination operculée

 

 

Bibliographie :

Begonias de Mark C. Tebbitt  / Ed. Timber Press

Glossaire de botanique illustré : A. Jouy / Ed. Société Française d’Orchidophilie

The sections of Begonias de Doorenbos, Sosef, De Wilde / Wageningen University

Flore du Gabon, volume 39 , Begoniaceae / Sosef / Margraf Publisher

 

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